"Je suis le chemin"

55 000. La plupart ont deux pieds, donc si je multiplie …. waouh ! Plus de 110 000 pieds de pèlerins ont foulé les rues de St Jean Pied de Port en 2016. Plus de 550 000 orteils en route pour St Jacques de Compostelle. Et encore, ceux-là ne sont qu’une infime partie de ceux qui fouleront les rues de Santiago de Compostela, étape ultime, saint Graal de cette marche. Que diriez-vous de rajouter 4 pieds à ce flux de pèlerins, le temps d’une journée. Je ne serai pas le chemin mais sûr le chemin …. Bidean ! (“en route” en basque).

Naia Votre guide nature et montagne
# GOI
ZAL
DE
Vue depuis le refuge Huntto

Lever du jour

Driiinnng !!! Ouille, le réveil pique. Une fois équipée : super chaussures de rando, bâton, casquette et lunettes de soleil (ils annoncent super beau !), de l’eau, des fruits secs, un petit casse croûte et hop c’est parti ! Je saute dans ma voiture et direction St Jean Pied de Port. Je récupère ma comparse du jour, Sylvie et une fois garée, en route. C’est décidé, pas de raccourci, nous ferons l’étape dans sa totalité. Oui oui, les 27 km et quelques 1200 m de dénivelé positif, nous allons en venir à bout !

7h15, le cliquetis de nos bâtons de marche commencent à raisonner sur l’asphalte. Peu à peu, nous quittons le centre de St Jean Pied de Port pour la campagne environnante. A peine 1 km de fait, que déjà nous sommes dépassées par deux groupes de pèlerins. Nous poursuivons notre route et notre premier objectif, à savoir le refuge Huntto, à 5 km, se rapproche doucement.

8h30 sonne et nous sommes en pleine montée vers le refuge. Là, petit arrêt photo avec ce magnifique soleil qui se lève sur la vallée, et cette vue jusqu’au crêtes d’Irparla. La route se déroule sous mes pieds et nos premières connaissances se révèlent être d’Europe de l’Est : lui est autrichien et elle polonaise. Ah ! on sent déjà l’exotisme !

La montée après le refuge d’Huntto s’annonce rude … enfin pour moi. Eh oui que voulez-vous, dans un binôme vous en avez toujours un plus entraîné que l’autre ! Je commence à sentir les premiers tiraillements dans mes mollets, alors que Sylvie est toujours aussi à l’aise qu’un cabri ! Nous laissons la route pour un temps avant de la rejoindre pour arriver à notre deuxième objectif : le refuge d'Orisson, à 8 km.

# PAUSA
Terrasse - Refuge Orisson

Pause jus d’orange

9h30, Orisson nous voilà ! Bon, là évidemment de nouveau une pause photo s’impose. Quelle vue ! Et toujours ce magnifique soleil qui nous accompagne. Ah oui ! Orisson mérite bien une pause. Nous en profitons aussi pour faire un petit coucou à Pantxika, qui travaille au refuge depuis quelques années maintenant. Toujours le sourire Pantxika, et je suis sûre qu’elle a dû redonner la patate à plus d’un pèlerin. On blague, on blague mais bon c’est pas tout ça ! 

10h, nous repartons. Prochain objectif : le col de Lepoeder …. et après ça, ce sera que de la descente vers Roncevaux ! La première chose que je remarque après Orisson, c’est le changement de paysages ….. et que je traîne par rapport à ma coéquipière. Exit les colonies de chênes et bonjour un paysage verdoyant ponctué de pottoks. Je ne peux que remarquer une sorte de solidarité toute naturelle qui s’instaure entre pèlerins. Dès qu’on se croise, c’est un bonjour et le traditionnel “Buen Camino”, qui vous encourage à poursuivre. La route recommence à monter, et nous suivons la courbe de chaque virage, jusqu’à voir se dessiner à quelques centaines de mètres devant nous la vierge d’Orisson (ou vierge de Biakorri).

# TO
PA
KETA
Croix Thibault

Rencontre

Sylvie et moi nous arrêtons un moment pour apprécier le panorama. Des deux côtés, un ciel bleu, des forêts et les montagnes à perte de vue. Après une petite prière, nous reprenons la route et nous faisons la connaissance de Nora. Nora, c’est une actrice de Boston qui travaille aussi sur les bateaux pendant l’été. Nous papoterons un bout de chemin avant de nous séparer. Elle attend sa mère qui fait le chemin avec elle …. et qui est un peu à la traîne par rapport à sa fille. Buen camino Nora ! 

12h, nous arrivons au bout de l’asphalte et à la croix Thibault. Sur son pied, est gravée l’expression suivante “Ni naiz bidea” - “Je suis le chemin”. A ce stade, nous avons avalé environ 18 km et on se rapproche emeki (doucement) du col de Lepoeder. Nous entamons, encore pleines d’entrain le sentier, qui doit nous guider à la fontaine de Roland. D’ailleurs nous croisons nos amis austro-polonais de Huntto qui font une pause déjeuner ! Mon entrain fait une chute phénoménale quand je lève les yeux et que je vois la montée qui m’attend …. . Tout ce que vous saurez c’est que … je l’ai monté !

# ITUR
RIA
Fontaine de Roland

La fontaine de Roland

Nous déambulons sur le sentier qui recommence à se couvrir de bois de hêtres. Nous arrivons à la fontaine de Roland et surprise …. wifi gratuit ! Voilà une info utile. L’eau doit être bonne, puisque le site est un peu monopolisé par trois magnifiques chevaux qui ne sont pas très partageurs.  Nous passons le col de Bentarte et ….. j’ai faim ! J’ai même très faim.

12h40, c’est la pause déjeuner. Eh oui ! Il faut bien recharger un peu les batteries. Nous repartons sur le sentier, qui maintenant redevient très boisé. Nous comprenons que nous sommes en Espagne, en voyant les panneaux qui nous indiquent qu’il nous reste environ 5 km avant Roncevaux. Notre objectif se rapproche. Le sentier recommence de nouveau à monter, une montée régulière jusqu’au col de Lepoeder.

Vers 14h, nous atteignons le col de Lepoeder et nous arrêtons quelques minutes pour profiter de la vue, qui est juste ….. waouh ! A partir de là, c’est la descente dans la forêt avant d’arriver à Roncevaux. Naïvement, j’entame cette partie toute confiante, en me disant que descendre …. bah ! ça va se faire errazki (facilement) …. Pas du tout ! Le chemin s’avère être raide … vraiment très raide, si bien que mes orteils se retrouvent écrasés, bien comme il faut, dans mes chaussures de rando. Après quelques mètres, je décide d’adopter une autre technique pour descendre : en crabe. C’est déjà mieux.

# OR
RE
AGA
Collégiale de Roncevaux

Roncevaux

Nous terminons la descente et à partir de là, nous nous enfonçons de plus en plus dans la forêt de hêtres. C’est fou, mais j’ai l’impression de me retrouver en randonnée à Iraty, avec tous ces hêtres qui descendent en cascade le long des versants. Nous avalons les derniers kilomètres avec l’impression que la sérénité qui nous accompagne depuis le début de cette étape se trouve amplifiée. On entend plus aucun bruit au milieu de la forêt, à part le chant des oiseaux. Même nos amis austro-polonais que nous avons distancé quelques mètres avant, me paraissent beaucoup plus loin. Les sons sont comme étouffés par les arbres….

Bon, enfin, nous distinguons un bruit de voiture en contrebas. Qui dit bruit de voiture, dit route …. Et en effet, nous sortons enfin du bois pour nous retrouver en bas de Roncevaux.

Un peu avant 15h, nous arrivons par l’arrière du village et rejoignons la place. Arrêt photo devant la collégiale … histoire d’avoir une preuve que oui ! nous l’avons fait ! Difficile d’imaginer que ce tout petit village, voit passer autant de pèlerins que son voisin français : St Jean Pied de Port. En bonnes pèlerines, passage obligé au bureau des pèlerins de Roncevaux, au centre de la collégiale.

C'est l'heure du bilan ! On a crapahuté pendant environ 8h, mais 7h vraiment de marche … bah oui, je compte pas la pause déjeuner et la blague avec Pantxika ! On a parcouru 27 km de paysages qui vont nous rester gravés pour un très long moment en tête. On a mis K.O les 1 200 m de dénivelé positif, histoire de se dire que oui ! On est quand même un peu sportives. Et pour le prouver, nos credentials tamponnés de la croix Thibault et du bureau des pèlerins de Roncevaux ….. et un bronzage, comme on dit chez nous …. agricole : une belle marque de t-shirt sur les bras !

Maintenant, on a plus qu’à attendre le bus …. on l’a monté à pieds, on peut s’accorder une descente motorisée jusqu’à St Jean Pied de Port …. non ?

Alors vous venez quand ?!

Naia